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RÉVOCATION DE L’ARRÊT ROE V. WADE : COUP DE BOUTOIR DANS LA LUTTE POUR L’AVORTEMENT 

Aux États-Unis, des femmes sont descendues dans les rues pour exprimer leur mécontentement.

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant. »  Ces mots, prononcés par Simone de Beauvoir, n’auront probablement jamais autant résonné qu’en ce moment.

Le vendredi 24 juin 2022, la Cour suprême des Etats-Unis a voté l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade qui garantissait depuis 49 ans le droit à l’avortement dans chaque État du pays. Cette décision, considérée par la majeure partie de l’opinion publique comme une régression historique, a provoqué une vague de réactions à l’international. 

C’est un sujet soulevant une multitude de problématiques. Outre le danger que cette décision représente pour les femmes qui devront désormais avorter de manière clandestine et au moyen de techniques pouvant mettre leur santé en danger, l’annulation de l’arrêt Roe v. Wade peut être considérée comme le signe d’une politique conservatrice régressive à contre-courant de notre société actuelle.

Si, à l’époque, l’adoption de cet arrêt fût perçue comme révolutionnaire, un demi siècle plus tard, peu de personnes n’auraient imaginé qu’il puisse être remis en cause. La situation est donc bien différente de 1973. Il ne s’agit plus d’obtenir un droit mais de défendre une valeur déjà ancrée dans les mœurs et dans le quotidien. 

Internet et la circulation des informations

Les vives réactions ont rendu ce fait encore plus évident, provoquant des colères qui se sont traduites par des manifestations qui ne sont pas sans rappeler celles organisées en 1973, avant que le droit à l’avortement ne soit inscrit dans la Constitution.

Néanmoins, la différence majeure entre le combat pour l’avortement de l’époque et les luttes actuelles réside dans l’apparition d’Internet et des réseaux sociaux. Si les revendications sont semblables aux deux époques, les moyens rassemblés sont bien plus considérables de nos jours. Avec Internet, les informations, articles et pétitions circulent plus vite que dans les années 70 et il est plus facile de faire entendre sa voix. L’avènement d’Internet a aussi remis en cause la notion de vie privée.

Certains internautes ont manifesté leur mécontentement envers les juges, divulguant leurs informations personnelles, adresses, numéros de téléphone ou de carte bancaire, entraînant un déferlement de haine sur leurs personnes. Contrairement à 1973, les politiques actuels doivent donc faire face à ces conséquences bien concrètes qui impactent directement leur quotidien. Cela signifie également que certains n’hésitent pas à encourir des sanctions pénales dans le but d’affirmer et de défendre leur position sur la question. Un risque déjà pris cinquante ans plus tôt.

Libération de la parole des femmes

Dans un monde où Internet permet de faire entendre sa voix et où l’avortement était jusqu’à présent légalisé, de plus en plus de femmes partagent leur expérience personnelle, contribuant ainsi à une meilleure connaissance et une meilleure compréhension du sujet.

Elles ont participé à une  » concrétisation  » de l’avortement. Ce n’est plus un sujet abstrait mais bien la réalité de milliers de femmes. 222 000 en France selon le gouvernement, rien que pour l’année 2020. Si le sujet n’est pas complètement démocratisé et ne sera probablement jamais neutralisé, la représentation de l’avortement a indéniablement évoluée depuis les années 1970. 

La question de l’avortement et de sa légalisation est une problématique complexe qui divise l’opinion publique depuis plus de 50 ans. Le prisme des sciences humaines, utilisé par l’Hu’Mag, permet de mettre en évidence la manière dont l’inévitable évolution de la société entraîne une évolution des luttes. Bien que l’enjeu soit le même qu’en 1973, les moyens utilisés sont différents. Le contexte historique, l’évolution des mentalités jouant également un rôle majeur dans ces changements.

Néanmoins, si la façon de lutter pour garantir le droit à l’avortement n’est plus la même qu’il y a 50 ans, une question demeure. Pourquoi ce droit que beaucoup considéraient comme acquis a été retiré ? 

Margaux Louerat, étudiante en psychologie.

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